jueves, 3 de marzo de 2016

Avec son Vantablack, Anish Kapoor provoque une colère noire chez les artistes


Un noir très noir et un artiste pas très clair. Anish Kapoor remue une nouvelle fois le milieu de l’art contemporain en s’appropriant les droits exclusifs – et vraisemblablement très coûteux – du Vantablack, une matière supposée absorber 99,96 % du spectre visible – il ne rejeterait donc que 0,04 % de lumière.
Développée par la société britannique Surrey Nano Systems, la teinte Vantablack est composée d’une multitude de nanotubes de carbone microscopiques, si resserrés entre eux qu’ils ne laissent pas les particules de lumière s’en échapper. Appliqué sur une surface, le Vantablack en gomme les textures, les aspérités et l’aspect tridimensionnel, l’œil humain se perdant donc dans ce noir très noir. Les visées scientifiques et militaires étaient les premières : calibrage des téléscopes, camouflage des avions de chasse ou de matériel militaire. Selon l’un des responsables de Surrey Nano Systems, cette teinte « pourrait changer la façon dont nous percevons l’univers ». Rien que ça.
Mais ses propriétés ont de quoi éveiller les envies d’artiste pour utiliser un coloris « qui se rapproche le plus de celui d’un trou noir » d'après un professeur de science des couleurs de l’université de Leeds. Le Britannique d’origine indienne Anish Kapoor a recours au Vantablack depuis quelques années (notamment dans son œuvre Descent Into Limbo). Il a expliqué son intérêt pour celui-ci dans une récente émission de BBC Radio 4 : « Cette peinture est si noire qu’on ne peut presque pas la voir. Elle a des qualités irréelles et j’ai toujours été attiré par les matériaux exotiques pour ce qu’ils vous font ressentir. » Mais pas un mot sur son monopole... qui commence à beaucoup faire jaser le milieu de l’art.
Furr n’est pas le seul. Le Londonien Shanti Panchal, connu pour ses portraits aux teintes très sombres, a fait part de son sentiment à l'Indian Telegraph « Je n’ai jamais rien vu d’aussi absurde. Dans une monde créatif et d’artistes, personne ne devrait avoir de monopole. »

L’agent Russell Elliott regrette, de son côté, « le facheux précédent que cette affaire peut créer ». Cynique, il continue : « Surrey Nano Systems doit se frotter les mains de tout ce battage médiatique. »
Quand, en mai 1960, Yves Klein dépose la formule de son propre bleu à l’Institut national de la propriété industrielle (INPI), il se heurte à moins de résistance. Dans son Histoire vivante des couleurs, l’écrivain scientifique Philip Ball explique que le peintre français monochromatique ne souhaitait pas protéger ses intérêts mais « voulait aussi marquer l'authenticité d'une idée créative ». D’autant que Klein n’a pas déposé une teinte – impossible juridiquement – mais une matière (le pigment bleu outremer et la pâte). Pour le Vantablack, Anish Kapoor n’est ni le créateur ni l’instigateur de ce qui est désormais son noir à lui. Et quand le noir est noir, il n’y a plus d’espoir.

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BLANCA ORAA MOYUA

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