domingo, 5 de julio de 2015

Nicolas Bourriaud évincé des Beaux-Arts : “Cette décision du ministère est arbitraire”





Comment réagissez-vous à votre éviction ? 
Je ne comprends pas cette décision. Je la comprends d’autant moins que l’école est en excellente santé, et que nous avions des projets vraiment extraordinaires en cours... 
Vous dites que Fleur Pellerin n’a avancé “aucun argument factuel” lors de votre entrevue ? 
Oui, et je le maintiens. Il n’y a eu aucun argument factuel, ni lors de l’entretien, ni dans le communiqué de presse.
Fleur Pellerin a lancé, dans ce communiqué, un appel à candidature, une sorte de cahier des charges pour votre successeur, qui sonne comme une liste de reproches à votre encontre… 
Les points avancés par Fleur Pellerin ne sont pas des arguments et surtout, tous ces points ne représentent que la liste de ce qu’ont toujours été mes priorités en tant que directeur des Beaux-Arts. 
Par exemple, que répondez-vous au premier point, la recherche d’“une gouvernance  plus collaborative” ? 
Cette gouvernance plus collaborative, nous l’avons mise en place tout au long de l’année, notamment avec une nouvelle mesure importante : ce sera désormais un professeur de l’école qui sera directeur des études. C’est une mesure qui change tout, et qui est vraiment au service du projet pédagogique. 
Et à propos du besoin selon Fleur Pellerin d’“une plus grande diversité sociale des étudiants” ? 
Nous sommes très attentifs à cette question. Je tiens d’abord à dire que j’ai nommé le premier chef d’atelier d’origine africaine dans l’histoire de l’école,Pascale Marthine Tayou [un artiste plasticien originaire du Cameroun, nommé au Département des pratiques artistiques, et qui interroge notamment les questions du voyage et du déplacement, ndlr]. 
Par ailleurs, l’école met des logements sociaux à dispositions des étudiants qui se trouvent en situation de difficulté matérielle. On a également supprimé la limite d’âge pour l’entrée à l’école, qui était selon moi une règle tout à fait obsolète. Cela a abouti à un afflux exceptionnel de candidatures, 1400 candidats cette année ! Et du même coup, il y a eu beaucoup plus d’étrangers que d’habitude parmi les candidats, notamment parce qu’ils ont souvent un parcours différent, plus atypique. 
Et en ce qui concerne le “rayonnement international de l’établissement”, qui selon la ministre aurait besoin d’être amplifié, et “l’intensification de la collaboration avec les autres écoles d’art” ?
Sur ce point, et je le dis en toute humilité, je ne pense pas qu’on puisse faire mieux que ce que j’ai fait à ce niveau là ! Je pourrais vous en parler pendant des heures ! A titre d’exemple, on a lancé une formation commune avec l’université Geidai de Tokyo [ou Tokyo University of the Arts, la plus ancienne et prestigieuse école d’art et de musique au Japon, ndlr], ainsi qu’un programme post-diplôme commun avec Pékin, prévu pour 2016. Nous avons déjà environ 85 accords de partenariats avec des écoles d’art à l’étranger, notamment à Buenos Aires et à Reykjavik. Et de nouveaux accords étaient prévus. 
Et enfin, que pensez-vous du dernier point, “faire converger le patrimoine de l’école et la création contemporaine” ? 
C’est le comble ! On a remis l’intégration des collections au cœur de nos priorités. On a notamment lancé le processus de labellisation « musée de France » pour nos collections patrimoniales [comme le salue Fleur Pellerin dans le communiqué de presse, ndlr]. C’était vraiment la priorité qui était donnée. 
Selon le Canard Enchaîné, tout cela n’aurait été qu’un prétexte pour placer Eric de Chassey, mari d’Anne Consigny, une amie de Julie Gayet… 
Je ne connais pas les dessous de l’affaire, mais il est évident que cette décision du ministère est arbitraire. J’ai bien peur que les révélations du Canard Enchaîné soient fondées, hélas…  Je me demande aussi comment la ministre a pu lancer un appel à projet ouvert le 3 juillet et clôturé le 21 ! Cela fait 15 jours pour monter un projet, tout ça n’est pas très sérieux… 
Quelles sont les réactions au sein de l’école ? Êtes-vous soutenu ? 
Bien sûr. Les étudiants ont lancé une pétition et beaucoup de professeurs me soutiennent. Mais il faut dire que tout cela a été finement joué, puisqu’ils ont choisi d’agir en juillet, période où les élèves et les professeurs partent en vacances d’été… Lundi 6 juillet, je devais m’adresser comme chaque année au personnel pour faire un bilan de l’année écoulée. Vu les circonstances, j’ai donc convoqué la presse à ce rendez-vous annuel. 
Quels sont vos projets pour la suite ? 
Le décret  ne sera signé que le mercredi à l’issue du conseil des ministres… En ce qui concerne mes projets futurs, heureusement, je ne fais pas partie des plus nécessiteux. Je sais que je pourrai toujours aller à l’étranger et trouver un poste ailleurs. Mais je tiens surtout à dire une chose importante : il faut absolument que ce soit la dernière fois que quelqu’un ait à subir ce genre de décision arbitraire dans notre pays. C’est vraiment digne d’une république bananière ! C’est très inquiétant, et c’est un véritable déficit démocratique. 

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BLANCA ORAA MOYUA