viernes, 26 de septiembre de 2014

ORLAN TOMBE 
LES MASQUES




Votre exposition tourne autour du masque et en particulier ceux de l’Opéra de Pékin. Pourquoi ? 
ORLAN. Dès le début, j’ai utilisé des masques, que ce soit des masques nô ou des masques en plastique, populaires et drôles. Ils introduisent une distance qui m’a très tôt intéressée, car j’ai été aussi comédienne. Brecht, dont le théâtre repose sur la distanciation, s’est inspiré de l’Opéra de Pékin dont les acteurs se peignent un masque à même le visage, qui bouge selon leurs grimaces ou leurs expressions. Ce travail renvoie à mes séries sur l’hybridation, dans lesquelles, par un truquage numérique, je mélange les traits de mon visage avec ceux d’une tête précolombienne ou africaine, par exemple.
Cette fois-ci, vous allez beaucoup plus loin dans les truquages.
J’ai réalisé un grand nombre d’œuvres qui étaient des tentatives de sortir du cadre. Aux sens propre et figuré. Là, je sors, rentre et ressors de l’œuvre. En fait, dans l’exposition, on peut voir ces grands portraits où je suis camouflée sous des masques de l’Opéra de Pékin. Sauf qu’une tablette avec l’application Augment est mise à disposition des visiteurs : s’ils scannent ces portraits, ils me voient alors apparaître en 3D en train de faire toutes sortes d’acrobaties, par exemple jongler avec les masques, les prendre, les enlever...
ORLAN branchée nouvelles technologies, c’est un scoop ?
J’ai toujours essayé d’être en phase avec mon environnement, avec les techniques, Internet, la biotechnologie. Je réalise aussi bien des sculptures en marbre de Carrare que des images utilisant la réalité augmentée, comme ici. Elles me permettent d’apparaître sous des identités multiples. Et d’ailleurs, quand je me présente, je dis toujours que je suis ORLAN, entre autres et dans la mesure du possible.
Peut-on dire qu’ORLAN, par ses opérations chirurgicales qui ont modifié son visage, a revêtu des masques successifs ?
C’est le contraire. Je souhaitais ôter le masque de l’inné qui nous est imposé dès la naissance. On a un visage qu’on ne s’est pas fabriqué et qu’on ne s’est pas inventé. Donc, les opérations chirurgicales étaient une tentative de s’inventer soi-même, de se sculpter soi-même et de trouver une des figures possibles de soi-même. Rien à voir avec ce qui se fait habituellement en chirurgie esthétique.

EN PROCÈS AVEC LADY GAGA

L’image d’ORLAN semble avoir inspiré Lady Gaga à qui vous faites un procès. Où en êtes-vous ?
Je ne peux pas dire grand-chose à propos de cette histoire puisque je suis en procès. Je note simplement que, dans le milieu musical, dès qu’une musique est plagiée, cela est immédiatement sanctionné, alors que le travail des artistes est pillé par beaucoup de gens qui font de l’argent en s’en inspirant. Et je pense qu’il y a une énorme différence entre un artiste qui investit toute sa vie non pour faire de l’argent mais pour exprimer quelque chose de profond, pour créer une œuvre, pour faire passer un message précis, à la fois dans l’art et dans la société, et un produit de grande consommation qui répond à d’autres fins, en général commerciales.
Pour vous, il y a un dévoiement ?
Je ne dirais pas cela comme ça. Mais, de manière générale, le fait de venir puiser à cet endroit n’est pas normal. Pourquoi n’y a-t-il pas d’échange avec la personne qui le fait, que ce soit artistiquement et/ou financièrement ? Je pense que c’était important pour moi, à travers ce cas, d’être le porte-parole de beaucoup d’autres artistes.

Lady Gaga s’emparant de votre look, n’est-ce pas le signe d’une notoriété atteinte sur le plan international ?
Il n’y a pas 36 artistes comme moi ! On me reconnaît sans cesse dans la rue, on veut se faire photographier avec moi, on me réclame des autographes, que ce soit à Macao, à Paris, à Shanghai ou à New York… Mon corps est devenu un lieu de débat public. C’est ce débat qui m’intéresse, c’est là où j’ai essayé de travailler.

No hay comentarios:

Publicar un comentario


BLANCA ORAA MOYUA