jueves, 14 de julio de 2016

ENTREVISTA NICOLAS BOURRIAUD

« Une expo sans envergure internationale est une expo ratée »

7 July 2016 - 8:00 

Nommé en janvier 2016 à la tête du futur centre d’art contemporain de Montpellier, le co-fondateur du Palais de Tokyo à Paris, pose les bases d’une nouvelle dimension internationale pour la ville.  


Comment imaginez-vous ce centre d’art contemporain, dont l’ouverture est annoncée en juin 2019 ?
L’une des caractéristiques d’emblée du futur centre d’art, c’est qu’il ne sera pas un lieu vertical, imposant, une sorte d’aérolite tombant du ciel qui écraserait les autres, mais au contraire un lieu qui tire parti des multiples activités et institutions existantes à Montpellier pour les valoriser à son tour. Sa construction administrative se met en place autour d’un centre d’art multi-site intégrant La Panacée, et dès 2019 un vaisseau amiral, l’hôtel de Montcalm. Nous sommes dans la mise en place. Je n’arrive pas avec des formules toutes faites mais une méthode qui consiste à progresser petit à petit, en concertation avec les associations de riverains, les Montpelliérains, tous les acteurs institutionnels, vers une définition beaucoup plus précise intégrant de nouveaux modes de coopération et des porosités entre les institutions et activités de la Ville.
Ce sera le premier centre d’art public du XXIe siècle ?
On n’a pas repensé depuis le Palais de Tokyo le fonctionnement d’un centre d’art, son rôle dans la cité, ni les différents services et fonctions qu’il doit proposer. Il y a eu certes la seconde génération des FRAC et les fondations privées (fondation Vuitton, Maison Rouge, etc.), mais la mode est plutôt à la fermeture comme c’est le cas pour le centre d’art Le Quartier à Quimper (condamné à une fermeture prochaine, faute d’argent publique, NDLR). C’est un challenge extraordinaire.
En 10 ans, vous avez hissé le Palais de Tokyo au Top 10 des musées les plus visités d’Europe. Quelle sera la recette du succès à Montpellier ?
La recette du succès c’est l’innovation, l’audace dans la conception pour inventer un nouveau modèle qui s’inspire du contexte. La vérité de Paris en 2002, n’est pas celle de Montpellier en 2019. Ce qui manquait à Paris quand j’ai conçu le Palais de Tokyo avec Jérôme Sans, c’était un lieu plus flexible, plus berlinois dans son esprit, qui soit davantage ouvert sur l’art d’un monde globalisé, et plus convivial aussi. Ce qu’il manque à Montpellier, ce n’est pas la même chose, tout est à inventer !  Mais le premier constat est celui d’un manque : il manque une vitrine artistique internationale pour Montpellier !
Comment lui donner cette aura internationale ?
L’ambition est de renforcer l’attractivité culturelle de Montpellier Métropole et la placer sur la carte de la contemporanéité de manière très affirmée. Tous ces éléments vont aller dans le sens d’un tourisme international. Il faut aussi créer les conditions structurelles pour qu’une nouvelle génération s’empare vraiment d’une programmation qui serait beaucoup plus internationale. Cela commencera le 27 janvier 2017 à La Panacée, que je conçois comme le lieu de préfiguration du futur centre d’art. Nous allons inaugurer alors une nouvelle Panacée, moins spécialisée dans les arts numériques, plus généraliste avec une programmation adaptée aux espaces d’exposition. L’espace tel que je l’ai compris – celui d’un lieu morcelé – m’amène à programmer trois, voire quatre expositions internationales en même temps, comme au Musée d’art moderne de New York. Ce sera une sorte de mini MOMA.
Cela semble très ambitieux…
Une exposition qui n’est pas d’envergure internationale, est une exposition ratée. Si la Panacée est le lieu de préfiguration du futur centre d’art, il se doit d’ores et déjà d’affirmer ses ambitions. Puis, et seulement en second temps, une fois qu’on aura établi une stratégie internationale pour Montpellier, on aura acquis une puissance de divination qui permettra de valoriser la scène locale.
Comment envisagez-vous Barcelone et la Catalogne dans votre périmètre ?
J’irai bien faire une conférence à Barcelone par exemple, mais je n’envisage pas de rapprochement avec Toulouse, dans mon esprit, c’est un peu loin. D’une manière générale, je ne travaille pas en terme de nationalité – même s’il y aura au moins deux ou trois expositions dans les années à venir qui vont concerner des personnalités catalanes -, mais d’un point de vue culturel. Je m’inscris donc vraiment dans le territoire métropolitain. Ce dont je me soucie en priorité c’est le territoire réel de l’art contemporain, dans cette proximité constituée par l’arc qui se dessine de Arles à Sète et le réseau des institutions existantes ou à venir : la fondation Luma de Maïa Hoffman qui ouvrira l’an prochain à Arles, le CRAC de Sète et en 2019, Montpellier qui pourrait rivaliser largement avec ce nouvel équipement.
Quelle sera votre méthode pour inventer ce nouveau lieu ?
Le projet de centre d’art s’inscrit dans une stratégie culturelle métropolitaine qui vise l’ensemble du bassin méditerranéen. C’est une vraie nation culturelle la Méditerranée, peut-être davantage que les différents pays qui composent ses rivages. La volonté est ainsi d’affirmer Montpellier comme ville méditerranéenne et de la situer sur la carte des grandes métropoles artistiques méditerranéennes, de Tel Aviv à Barcelone, en passant par l’Italie, l’Espagne, Malte mais aussi la Tunisie, l’Algérie, le Maroc.
Comment allez-vous affirmer cette identité méditerranéenne ? 
Nous travaillons sur un projet de symposium international, cet automne ici à La Panacée, qui sera un acte de naissance fort de la géopolitique des centres d’art que je veux mettre en place. Il réunira des directeurs de centres d’art, de Biennales, des acteurs majeurs de l’art contemporain pour réfléchir ensemble sur le potentiel de transformation des institutions artistiques dans un quartier, dans une ville, dans un pays. La volonté est de questionner les centre d’art en général et l’art dans la cité : comment est-ce que l’art peut être un moteur de transformation de la vie urbaine, comment l’art peut impulser des projets qui impactent la vie quotidienne dans telle ou telle cité, etc. Ce sont toutes ces questions que nous allons aborder avec nos homologues méditerranéens, avec des régimes politiques et des situations complètement différentes.
Travaillez-vous déjà sur l’exposition de 2019 ?
Non, j’ai commencé en février pour l’exposition qui aura lieu en janvier 2017 à La Panacée et il en sera de même du centre d’art. Contemporain, ça veut dire aujourd’hui, on ne fait pas du surgelé ! C’est important d’être dans la flexibilité des programmes : une institution d’art contemporain doit se ménager des zones de réactivité, où elle peut saisir des opportunités, réagir à une actualité esthétique.

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