jueves, 18 de junio de 2015

Anish Kapoor réagit au vandalisme de son œuvre polémique




«Quelle tragédie! Quelle tristesse!», nous répond simplementAnish Kapoor, l'artiste invité de Versailles cet été. La paix armée aura duré bien peu de temps après la violente polémique qui est née autour de ses œuvres révolutionnaires, avant même leur inauguration officielle du 7 juin. L'artiste anglo-indien, né en 1954 à Mumbaï, figure de la scène britannique depuis les années 1970, nous répond à minuit, à peine de retour de la foire d'Art Basel, enfin au calme de son domicile londonien. Pas de colère éclatante à la française pour dénoncer le vandalisme mercredi matin de son installation monumentaleDirty Corner, posée après des semaines d'exploits logistiques sur le Tapis Vert de Le Nôtre. Un sang-froid désolé et un abime de réflexions. «Il faut remettre cela dans une certaine perspective. Si cet acte de vandalisme dit quelque chose, cela parle plus d'une certaine intolérance qui apparaît en France que d'art quel qu'il soit. Le problème me semble plus politique qu'autre chose, il renvoie à une fraction que l'on me dit très minoritaire pour laquelle tout acte créatif est une mise en danger d'un passé sacralisé à l'extrême pour des desseins qui n'ont rien d'artistique. J'espère qu'il ne s'agit que d'un groupuscule dont la voix recouvre celle de la plupart des autres. Je trouve ce phénomène de nuisance triste».
La faute d'un étranger, un intrus au cœur du domaine royal de la France? «Je ne crois pas qu'il s'agisse d'un acte raciste. Je suis un étranger en France, c'est sûr, mais je le suis aussi au Royaume-Uni», répond sir Anish Kapoor, anobli par la reine Elizabeth II en 2013. «Je pense qu'au moins 8% à 10% des Français ne sont pas des Français de souche. Ils viennent du monde entier. Comme les artistes qui apportent avec eux leurs questions, leurs formes, leurs métaphores, leur langage. Je ne peux pas juger de leurs sentiments à tous. Mais je note un certain malaise dans ce pays que j'adore, dont j'aime le patrimoine et la langue. Ce malaise est venu punir un objet, un pur objet, qui n'a pas la parole pour se défendre. C'est d'ailleurs l'aspect positif de cette histoire violente et négative: ce vandalisme aveugle prouve le pouvoir de l'art qui intrigue, dérange, fait bouger des limites. Si on avait voulu souligner sa portée symbolique, voilà qui est fait comme jamais auparavant. Je n'aime pas le mot métaphysique, mais il y a plus de pouvoir dans une œuvre d'art que ce que l'on peut voir. La chose positive de cette agression est qu'elle met en évidence la force créative d'un objet inanimé».Crime de lèse-majesté? «Je n'ai jamais employé les mots d'où est née la polémique», nous répète Anish Kapoor. «Je n'ai jamais dit «La Reine», j'ai évoqué «Her» ou «She» pour désigner une forme qui pourrait être féminine, allongée sur le gazon, comme une reine égyptienne ou une sphynge. Le fait de baptiser Dirty Corner d'un vulgaire Vagin de la Reine est une façon de rabaisser mon travail, de mettre l'art au niveau des injures, de salir mon œuvre et de l'associer par des mots offensants à un rejet facile et immédiat. Ce ne sont pas mes mots, ce n'est d'ailleurs pas ma façon de penser, je m'en suis expliqué encore et encore, notamment lors de la Conférence de presse le 5 juin au Château de Versailles devant une salle pleine (zéro scandale, seulement deux questions: une directe du quotidien anglais The Independent sur l'origine de l'expression en cause, une autre, pondérée, du quotidien français La Croix sur la volonté ou non de provoquer, NDLR). «Je ne cherche pas la provocation. Je refuse donc catégoriquement que l'on associe Dirty Corner à l'œuvre de l'artiste américain Paul McCarthy , sexuellement explicite et revendiquée comme telle (Tree, défini selon l'artiste lui-même comme un «buttplug» géant, gonflable et vert sapin, installé Place Vendôme pendant la dernière Fiac, vandalisé et démonté aussitôt, NDLR). Cette association de deux mondes qui n'ont rien à voir est absurde, ridicule et malveillante. C'est faire de la pauvre psychologie que de nous marier par le scandale».
Quel avenir demain pour ce Dirty Corner» qu'il a fallu installer avec une logistique énorme? «Les dégâts sont importants. On sait seulement que les vandales sont venus très tôt mercredi matin avec d'importantes quantités de peinture. Il y a des caméras partout à Versailles. J'espère qu'ils seront identifiés», nous répond Anish Kapoor, sans aucune démesure. «Oter la peinture jaune de l'acier Corten impliquerait forcément d'ôter la patine qui donne sa couleur rouille à Dirty Corner. C'est donc impossible in situ. Je ne sais pas si je dois la démonter ou la laisser en l'état, je vais y réfléchir. Il y a bien longtemps à Documenta (la grand-messe de l'art contemporain qui se réunit tous les 7 ans à Kassel, au cœur de l'Allemagne, NDLR), une œuvre de Joseph Beuys - des roches empilées - avaient été vandalisées, peintes en rose, certaines avec des graffitis de lapins. Beuys a retourné cette agression en utilisant ce graffiti de lapin dans d'autres œuvres postérieures. C'est l'énergie même de l'art que de chercher une solution».

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BLANCA ORAA MOYUA